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De la politique à l’homme

Les procès à répétition pour corruption politique ont secoué l’Espagne ces dix dernières années, tous partis confondus. Le réalisateur Rodrigo Sorogoyen s’en empare dans une fiction qui nous plonge au cœur d’un système bien huilé qui ne se réduit pas à la seule péninsule ibérique. Il en décrypte tous les tenants et aboutissants au rythme d’un thriller politique haletant.

Le Pacte

Manuel Lopez Vidal, cadre régional de son parti est sur le point d’en rejoindre la direction nationale quand il est rattrapé par la justice pour avoir trempé dans un vaste système de corruption. Fusible idéal pour protéger le parti, il se refuse à porter le chapeau et menace de dénoncer tous les cadres impliqués dans cette affaire. Il manœuvre alors avec son avocat et une journaliste pour la faire éclater au grand jour.

Rodrigo Sorogoyen poursuit dans la veine d’un cinéma politique espagnol après "Que Dios Nos Perdone" (2017). Il y mélangeait alors l’arrivée très politisée du Pape à Madrid avec les crimes d’un serial killer, parvenant à un bel équilibre entre thriller et réflexion citoyenne sur le pouvoir. Un axe qui renvoie aux plus belles heures du cinéma politique italien des années 70. Dans "El Reino" le cinéaste creuse son sillon en ramenant son propos à l’homme, l’individu qui se cache derrière l’homme public, ses manœuvres, ses motivations.

Un film exemplaire à suivre

L’homme politique de "El Reino" est de tous les plans, remarquablement interprété par Antonio de la Torre, déjà présent dans "Que Dios Nos Perdone". Rodrigo Sorogoyen questionne ainsi davantage la morale du personnage que la politique, élargissant du même coup son propos à chacun de nous. Interrogé par la présidente de son parti sur ses motivations à être entré en politique, Manuel Lopez Vidal a bien du mal à répondre, et se défausse avec des raisons plus personnelles qu’altruistes.

Bàrbara Lennie et Antonio de la Torre dans "El Reino" de Rodrigo Sorogoyen
Bàrbara Lennie et Antonio de la Torre dans "El Reino" de Rodrigo Sorogoyen (Julio Vergne)

Ponctué de nombreux dialogues, "El Reino" n’en est pas pour autant bavard. Ils nourrissent à la fois l’exposition d’une situation complexe et les méandres tortueux de la psychologie d’un homme pris dans un engrenage infernal où se jouent sa position d’homme public, son destin et sa famille. Cette dernière prend au passage une large part, donnant une dimension mafieuse au propos. Le suspense monte en puissance dans la deuxième partie. Il est soutenu dès le début par une musique électronique répétitive qui renforce la tension, très présente, mais sans envahir l’image.

Comme pour les César par le passé, les Goya - leurs équivalents espagnols - se polarisent sur un film au détriment des autres sélectionnés. "El Reino" en a raflé sept lors de la dernière cérémonie. Vu le sujet et son traitement, on aimerait voir le cinéma français en faire autant, la veine politique étant chez nous éclipsée par les thèmes sociétaux, alors que le pays est éminemment politisé. Avec "El Reino", Rodrigo Sorogoyen confirme la qualité d’un cinéma espagnol qui ne cesse de nous montrer la voie.

Antonio de la Torre dans "El Reino" de Rodrigo Sorogoyen
Antonio de la Torre dans "El Reino" de Rodrigo Sorogoyen (Tornasol Films)

La Fiche

Genre : Thriller politique
Réalisateur : Rodrigo Sorogoyen
Pays : Espagne / France
Durée : 2h11
Distributeur : Le Pacte
Acteurs : Antonio de la Torre, Monica Lopez, Josep Maria Pou, Nacho fresneda, Anna Wagener, Barbara Lennie, Luis Zahera, Francisco Reyes (II), Paco Revilla

Synopsis
: Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu'il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal...

Source de l'article : https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/sorties-de-films/el-reino-la-corruption-en-espagne-dans-un-film-au-sept-goya-les-cesar-espagnols_3274279.html#xtor=RSS-3-[culture/cinema]
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